En France, magistrats, avocats et greffiers se mobilisent contre «une justice au rabais»



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Magistrats, avocats et greffiers se sont mobilisés ce mardi 22 novembre contre une « justice au rabais », un an après une retentissante tribune qui avait étalé au grand jour leur « souffrance » au travail.

Quelque 200 personnes se sont rassemblées sur le parvis du tribunal judiciaire (TJ) de Paris en scandant notamment « des moyens pour la justice » ou « justice au rabais, justice en danger », a constaté une journaliste de l’AFP.

La présidente du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) Kim Reuflet et l’ex-présidente de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) Céline Parisot ont lu le texte signé par 19 organisations syndicales ou professionnelles appelant à une « mobilisation générale contre une justice au rabais ». Cet appel dénonce le « dilemme intenable » auquel sont confrontés les magistrats : « juger vite, mais mal, ou juger bien, mais dans des délais inacceptables ».

Promesses d’embauche de 1 500 magistrats

« Si des recrutements de magistrats et de fonctionnaires de greffe sont prévus pour 2023, ils sont largement insuffisants et aucun plan d’action clair n’a été défini comme l’exigerait pourtant l’urgence de la situation », ont rappelé Mmes Reuflet et Parisot.

Interpellé à l’Assemblée nationale par des députés, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, a mis en avant son bilan en matière de justice. « Nous n’avons pas à rougir de ce que nous avons fait. Nous avons réparé 30 ans d’abandon humain, politique et budgétaire, a-t-il dit, mais les choses ne se font pas en un claquement de doigt ».

Tout cela se fait au détriment des justiciables parce que les délais s’allongent. On doit sans arrêt arbitrer entre certains dossiers et cela nous fait comme un conflit de loyauté.

Les magistrats expriment leur ras-le-bol devant le tribunal de Paris

Le ministre de la Justice a confirmé qu’un plan de programmation serait présenté prochainement pour sécuriser les promesses d’embauche de 1 500 magistrats pour les cinq ans à venir, mais aussi de 1 500 greffiers et autres, soit « 10 000 personnels au total ». Éric Dupond-Moretti a aussi annoncé qu’il présenterait « dans quelques jours » ses propositions issues des États généraux de la Justice, avec « de grandes mesures de simplification » en matière civile et pénale.

Une institution rongée par une « grave perte de sens »

Outre Paris, des rassemblements ont été organisés à Strasbourg, où environ 150 personnes, dont le président du tribunal judiciaire, se sont réunies, ainsi qu’à Pontoise, Toulouse, Foix, Montpellier ou Nice, où « le tribunal a fonctionné au ralenti ». « Des affaires ont été renvoyées à Nice comme à Grasse », a indiqué le juge Côme Jacquemin, membre du SM.

À Bordeaux, siège de l’École nationale de la magistrature (ENM), il n’y a pas eu en revanche de rassemblement. « Les collègues, tant magistrats que fonctionnaires, n’ont même pas l’énergie d’être dans une mobilisation », a expliqué Marie-Noëlle Courtiau-Duterrier, vice-procureure et représentante de l’USM. Son collègue Denis Roucou, premier vice-président du tribunal et représentant du SM, a évoqué « une lassitude grandissante ».

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Il y a tout juste un an, la tribune signée par 3 000 magistrats avait créé un électrochoc et alerté sur les conditions de travail d’une institution rongée par une « grave perte de sens ». Écrit après le suicide d’une jeune collègue, le texte a aujourd’hui été paraphé par près de 8 000 magistrats, auditeurs de justice et greffiers.

(Avec AFP)



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