Comment faire baisser les prix de l’électricité européenne?



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Parce que l’électricité est devenue hors de prix sur le marché européen, les Vingt-Sept veulent modifier le fonctionnement de ce marché. Pourquoi s’est-il grippé et comment peut-on le corriger ?

Ce marché a été mis sur pied il y a 25 ans pour donner un prix aux échanges d’électricité entre les pays reliés par des interconnexions physiques leur permettant de sécuriser leur approvisionnement. C’est alors un progrès considérable : étant donné que l’électricité ne se stocke pas, il est préférable d’exporter son surplus ou au contraire d’en importer quand les centrales ne parviennent pas à satisfaire la demande, on évite les gaspillages et les pannes de courant tout en lissant le prix.

On voit bien que ce marché ne répond plus aux objectifs fixés au moment de sa création, en l’occurrence des prix bas et stables. Hier, sur le marché allemand de l’électricité, le marché de référence pour toute l’Europe, le mégawattheure livrable en 2023 a dépassé la barre des 1 000 euros, c’est dix fois plus que la moyenne des dernières années. Un niveau totalement aberrant qui ne reflète plus l’équilibre entre l’offre et la demande, mais une peur panique du risque. Une peur déchaînée par l’envolée du gaz, car le prix de l’électricité européenne est corrélé à celui du gaz.

Pourquoi cette indexation sur le prix du gaz ?

Il fallait trouver un prix commun entre des pays fixant librement leur politique énergétique et donc leur façon de produire du courant. Un prix à la fois valable pour le solaire très cher à ses débuts, les centrales à charbon bon marché mais polluantes ou l’hydroélectrique bon marché, car les investissements sont amortis depuis longtemps.

C’était un défi. Les concepteurs proposent un système où les centrales disponibles sont appelées par ordre de coût croissant et la dernière centrale utilisée pour satisfaire la demande, la plus chère, fixe le prix du marché. Comme en Europe, cette centrale, dite « la plus coûteuse », fonctionne généralement au gaz, le marché de l’électricité est de fait couplé à celui du gaz. Depuis que le prix du gaz s’est emballé, rien ne va plus. Le prix de l’électricité européenne grimpe en flèche, c’est l’inverse de l’effet recherché.

Une réforme du marché déjà demandée par la France

Elle est rejointe par les pays les plus réticents, car aujourd’hui tout le monde souffre : en Autriche, le principal producteur Wien Energie a demandé l’aide de l’État pour couvrir ses opérations, idem pour Uniper en Allemagne. Ces deux pays, traditionnellement hostiles à toute réforme du marché, ont changé d’avis ces dernières 48 heures. Et la Commission européenne, jusqu’alors très attachée à la pérennité de ce marché en l’état, s’est aussi subitement convertie à la réforme. Son contenu sera discuté la semaine prochaine à Prague, à la réunion des ministres de l’Énergie convoquée dans l’urgence par la présidence tournante de l’UE, exercée en ce moment par la République tchèque.

Les Tchèques souhaitent que le prix du gaz soit plafonné

Le modèle est déjà appliqué avec succès en Espagne et au Portugal. Ces deux pays sont moins bien reliés au reste du continent pour satisfaire leur demande en électricité, c’est pourquoi ils ont obtenu une dérogation les autorisant, à titre exceptionnel et pour une durée limitée, à plafonner le prix du gaz pour limiter la hausse du prix de l’électricité. Quand une centrale au gaz est sollicitée pour répondre à la demande, la différence entre le prix réel du gaz et le tarif plafonné lui est rétrocédée. Ce régime particulier, en place depuis fin juin, a fait baisser la pression : les prix ont reculé de 20 %, l’électricité ibérique est trois fois moins chère que dans le reste de l’Europe.



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